“Commission Enseignement” au Parlement de la FWB du 21/10/2020

Question de Mme Marie-Martine Schyns à Mme Caroline Désir, ministre de l’Éducation, intitulée «Malaise des directions»

 

Mme Marie-Martine Schyns (cdH). – Les directeurs d’école sont des acteurs décisifs de la qualité de notre système scolaire. Mais, de plus en plus, ils nous font part de leur malaise. Madame la Ministre, vous avez eu l’occasion de remercier ces directeurs et directrices. Vous avez pu rencontrer, mais sans doute pas assez à notre goût, leurs représentants et associations. Mais, aujourd’hui, ils tirent la sonnette d’alarme.

En août dernier, l’Union francophone des associations de parents de l’enseignement catholique (UFAPEC) publiait une étude sur les directions, soulignant les difficultés d’exercer ce métier, difficultés qui pouvaient être corrélées avec la complexité de les recruter. Il y a quelques jours, un directeur du Brabant wallon publiait une carte blanche expliquant son quotidien, relayant le malaise de ses collègues, peut-être plus spécifiquement encore des directeurs de l’enseignement fondamental. La gestion de la crise de la Covid-19 vient ajouter des urgences à leur agenda chargé.

Vous avez déclaré que vous comptiez ralentir l’instauration de certaines mesures du Pacte pour un enseignement d’excellence. Les directions souhaitent en effet avoir plus de temps pour rédiger et mettre en œuvre les plans de pilotage. La crise a en effet ajouté une charge de travail, administratif ou autre, à leurs activités quotidiennes. Avez-vous pris connaissance de l’étude de l’UFAPEC? Avezvous eu l’occasion d’en discuter en particulier avec les associations de directeurs?

Il nous revient par ailleurs qu’un avant-projet de décret sur les fins de carrière des directeurs a été discuté avec les partenaires sociaux fin août. Pouvez-vous nous indiquer en quelques mots l’essentiel de cette réforme? Comment s’est déroulée la concertation? Qu’en est-il de la revalorisation barémique des directrices et directeurs? Lors des négociations sectorielles, il était question d’une tension barémique à atteindre de l’ordre de 25 à 30 %. Avec les possibilités qu’ont les enseignants de prester jusqu’à quatre périodes supplémentaires, il n’est pas rare qu’un instituteur, avec un diplôme de master en sciences de l’éducation, gagne plus que son directeur qui n’a, lui, aucune possibilité de valoriser ses heures supplémentaires! Il s’agit clairement d’un problème de tension. L’enjeu de la tension barémique des directions est également lié à la revalorisation des traitements des professeurs suite à la mise en place de la formation initiale des enseignants (FIE).

D’ailleurs cette réforme est postposée, même si des groupes de travail existent. Ne serait-il pas opportun, éventuellement, de dissocier ces deux enjeux étant donné le temps que prend, pour votre gouvernement, la mise en œuvre de la FIE?

L’ensemble des applications informatiques a pour but de fluidifier et simplifier les échanges entre les écoles et l’administration. Mais il me revient que des bugs ont été signalés, notamment pour l’encodage des élèves FLA (français langue d’apprentissage). Ce problème est-il réglé?

À ce propos, où en est l’équipement informatique des directions? L’équipement des directeurs d’école a été fait par phases. C’était d’ailleurs pour cette raison que les directeurs n’avaient pas les 100 euros de la prime numérique par année dont disposaient les enseignants. Aujourd’hui, sont-ils tous équipés? Enfin, vous avez annoncé un troisième report des plans de pilotage. De quel type de report s’agit-il? Quelle en sera la durée?

Mme Caroline Désir, ministre de l’Éducation. – Mesdames et Messieurs les Députés, vous connaissez aujourd’hui les décisions que j’ai proposées au gouvernement en réponse à la détresse bien réelle des directions. Je suis parfaitement consciente des importantes difficultés rencontrées sur le terrain tant par les directions que par les enseignants et les autres membres du personnel. À aucun moment, depuis le début de mon mandat, je n’ai voulu minimiser les problèmes. La crise sanitaire a augmenté la charge de travail des directeurs et directrices. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de les remercier en soulignant leur engagement remarquable pour faire face à cette situation inédite et garantir le maintien des activités pédagogiques, tant que c’est possible.

Certaines mesures ont été prises sous la précédente législature pour alléger la charge de travail des directions, en particulier celles de l’enseignement fondamental, et pour leur fournir une aide administrative. Par ailleurs, en complément des mesures mises en œuvre dès septembre 2020 en matière de simplification administrative, des modifications substantielles ont été concrétisées lors de cette rentrée, en particulier celles liées au décret du 11 avril 2014 réglementant les titres et fonctions dans l’enseignement fondamental et secondaire organisé et subventionné par la Communauté française (décret «Titres et fonctions»). Elles étaient attendues tant par les chefs d’établissement que par les pouvoirs organisateurs et par l’administration.

En outre, un avant-projet de décret visant à aménager la fin de carrière des directeurs, tel que préconisé dans l’avis n° 3 du Groupe central, a été adopté en deuxième lecture par le gouvernement le 7 octobre dernier. Ce texte, dont l’entrée en vigueur est prévue en janvier 2021, leur permettra de travailler à temps partiel en fin de carrière tout en préservant leur leadership pédagogique. Ce travail à temps partiel pourra s’effectuer pour une période maximale de quatre ans dans les fractions existantes pour les congés concernés, à savoir une disponibilité précédant la pension de retraite (DPPR) et une interruption de carrière à partir de 58 ans. Le remplacement des directeurs en mi-temps médical ou thérapeutique est également prévu. Les représentants de pouvoirs organisateurs ont unanimement marqué leur satisfaction pour ce texte lors de la négociation réglementaire. Par ailleurs, je vous confirme l’extension du champ d’application du dispositif aux directions des centres psycho-médico-sociaux (PMS). Ce texte est actuellement soumis à l’avis du Conseil d’État.

J’en viens à votre question, Madame Schyns, sur l’encodage des élèves FLA, les difficultés ont été résolues au cas par cas, au fur et à mesure, et transmises aux informaticiens chargés du développement des formulaires. Cependant, compte tenu du délai imparti, les écoles ont eu la possibilité, cette année encore, d’encoder les résultats aux tests des élèves FLA dans un tableur. Les deux options ont donc été permises à la rentrée 2020.

L’équipement informatique des directeurs se poursuit. Les directions d’établissements de l’enseignement fondamental ont été équipées durant les deux premières années du projet. En 2018, 576 ordinateurs portables installés sur site ont été déployés et 699 l’ont été en 2019. En 2020, le déploiement de l’équipement pour les directions d’établissements de l’enseignement fondamental sera achevé pour les écoles de la vague 1 et de la vague 2 des plans de pilotage. Le solde par rapport au volume prévu en 2020 sera alloué aux établissements de l’enseignement fondamental de la vague 3 des plans de pilotage, sur la base de la population scolaire, des réseaux et des établissements. Cela ne sera évidemment pas suffisant. Dans ce contexte compliqué, j’ai donc voulu aller plus loin pour permettre aux directeurs et directrices ainsi qu’à leurs équipes éducatives de se concentrer prioritairement sur la gestion de la crise et sur l’ensemble des dégâts sociopédagogiques qu’elle provoque et a provoqués lors de la première phase de confinement chez les élèves en les soulageant au maximum de toutes les autres tâches.

Le gouvernement a donc décidé de suspendre la mise en œuvre de certaines réformes du Pacte. Cela n’a pas été une décision facile. Les chantiers sont en cours et le calendrier, y compris budgétaire, est donc chamboulé. Nous parlons notamment du report d’un an de la mise en œuvre du tronc commun et de tout ce qui y est lié en matière de formation. Ces réformes ont une incidence sur la vie des écoles et sur le travail des équipes, mais nous sentons simplement que l’adhésion n’est plus possible. Nous avons eu des retours de l’Institut de la formation en cours de carrière (IFC) qui doit former des directions d’école au tronc commun. Deux heures après leur arrivée, des directeurs doivent déjà partir, car elles ont des cas de Covid-19 et des remplacements à gérer dans leur école. Il est impossible dans ces conditions de recueillir l’adhésion suffisante pour mettre en œuvre convenablement ces réformes. Nous n’avons donc pas le choix. Une bulle d’oxygène est nécessaire aux directions pour qu’elles puissent supporter cette situation très difficile.

Le report jusqu’au 15 décembre 2020 du dépôt des plans de pilotage pour les écoles de la vague 2 va offrir également un peu de répit aux directions et à leurs équipes. Nous avons accordé deux mois supplémentaires pour leur permettre de les finaliser. Jusqu’ici 450 écoles ont en effet déjà déposé leur plan dans les délais; il était donc difficile d’interrompre le processus en cours, au risque de décourager des équipes qui s’étaient mobilisées pour leur élaboration.

Nous allons toutefois évaluer la situation en permanence en fonction des réalités rencontrées par le terrain. D’un autre côté, pour autant que celles-ci le permettent, il apparaît que nous avons plus que jamais besoin d’une dynamique collective au sein des équipes et du leadership des directions. Nous avons envoyé divers signaux en ce sens à tous les délégués au contrat d’objectifs (DCO) et directeurs de zones (DZ) en leur demandant de relâcher la pression, d’être présents en soutien et d’adapter leurs interventions à la situation rencontrée sur le terrain.

Un chantier du Pacte est consacré aux directeurs. Le travail sera poursuivi à ce niveau pour mettre en œuvre une structure collégiale de la direction dans chaque école et d’un développement des bonnes pratiques. La revalorisation barémique devra être abordée lors des travaux relatifs à la réforme de la FIE. À ce stade, je ne peux vous donner davantage d’informations puisqu’ils sont toujours en cours. Toutes les mesures précitées vont dans le sens des demandes formulées à plusieurs reprises par le secteur, notamment dans le rapport de l’UFAPEC auquel vous avez tous fait référence. Elles permettront une diminution de la charge et un certain retour à la sérénité.

Dans une de mes réponses ultérieures, je reviendrai sur la notion de pool partagé d’enseignants. Complémentairement, la Fédération Wallonie-Bruxelles entend inscrire le chantier de la simplification administrative en véritable priorité, c’est vraiment nécessaire, notamment pour la numérisation des processus administratifs clés. Lors du récent conclave budgétaire, j’ai demandé qu’un budget spécifique de 5 millions euros lui soit alloué. Le gouvernement a accepté cette demande. Ce point est indispensable, encore plus en pleine crise sanitaire. J’associerai bien entendu les opérateurs institutionnels à ce travail que j’espère pouvoir mener dans les prochains mois.

Mme Marie-Martine Schyns (cdH). – Je vous remercie, Madame la Ministre, d’avoir pris le temps d’évoquer les différents sujets que nous avons abordés. Certaines directions d’écoles et leurs équipes pédagogiques demandaient un peu de temps pour les plans de pilotage. Nous attendrons davantage d’informations sur le report éventuel d’autres réformes. Je suppose que vous réfléchissez déjà à des solutions de formation à distance pour les directeurs et les autres membres du personnel. Il s’agit, selon moi, d’une option qui mérite d’être étudiée.

Il est vrai que les mesures du décret «Titres et fonctions» ont apporté une aide aux directeurs de l’enseignement secondaire pour les tâches administratives, mais celles-ci ne constituent pas le principal problème rencontré par les directeurs de l’enseignement fondamental. Ils sont des hommes-orchestres: ils passent leur temps à contacter les parents, les services PSE et doivent gérer de nombreuses tâches liées à l’urgence sanitaire. Le report des plans de pilotage leur donne certes un peu de temps, d’autant qu’ils ne disposent pas de leurs équipes complètes pour les établir, mais ils ont surtout besoin d’un soutien concret sur le terrain pour les tâches administratives.

Avec le groupe DéFI, nous avons déposé une proposition de décret visant à apporter une aide administrative supplémentaire aux directeurs. Une telle mesure a bien sûr un coût budgétaire, mais est liée à la crise sanitaire et est donc temporaire. Nous devons donner un peu d’oxygène aux directeurs et amplifier l’aide administrative mise à leur disposition, qui est aujourd’hui proportionnelle au nombre d’élèves, car nous avons besoin d’elle jusqu’à la fin de l’année scolaire. Le report est l’une de leurs demandes, mais le soutien administratif est leur principal souhait. Comme l’a suggéré M. Janssen, cette aide peut également revêtir un caractère éducatif. Nous ne constatons pas encore de pénurie d’éducateurs; ils peuvent donc être engagés pour être à la fois aux côtés des directeurs et des élèves.

Je vous remercie également de vous être saisie du dossier important de la fin de carrière. La perspective de travailler à temps partiel quatre ans tout en préservant le leadership est exactement ce qui avait été imaginé dans le Pacte. Je note que les pouvoirs organisateurs ont approuvé le texte et je vous assure de notre soutien à ce sujet, même si nous sommes dans l’opposition, car les directeurs méritent également des aménagements de fin de carrière.